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<vv4q9o$3ad1k$1@dont-email.me>

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Path: news.eternal-september.org!eternal-september.org!.POSTED!not-for-mail
From: P Cormoran <pc@ue.com>
Newsgroups: fr.soc.politique
Subject: Re: Quand le journaliste fait son job...
Date: Sat, 03 May 2025 12:14:15 +0200
Organization: A noiseless patient Spider
Lines: 120
Message-ID: <vv4q9o$3ad1k$1@dont-email.me>
References: <vutiuh$ltgs$1@dont-email.me> <b30347bb6dd6d550c2af35f85be2a26d94b91922@i2pn2.org> <vutr5q$sgk9$1@dont-email.me> <vutv40$vu68$1@dont-email.me> <m7glmhF51qeU1@mid.individual.net> <vuvdj8$2b5uk$1@dont-email.me> <vuveoq$2c91n$1@dont-email.me> <vuvgi3$2due2$1@dont-email.me> <68135839$0$28071$426a74cc@news.free.fr> <vv0jln$3cgqd$1@dont-email.me> <16qxtw2xz3ocb$.dlg@le.bref> <vv0kda$3d7e5$1@dont-email.me> <7co26q0j07do.dlg@le.bref> <vv261r$svc3$1@dont-email.me> <x14r8sdxx338$.dlg@le.bref> <vv2cbo$12eaq$1@dont-email.me> <thtwrukmc11p.dlg@le.bref> <vv2vgi$1j4dq$1@dont-email.me> <68152ca8$0$417$426a74cc@news.free.fr>
MIME-Version: 1.0
Content-Type: text/plain; charset="utf-8"; format=flowed
Content-Transfer-Encoding: 8bit
Injection-Date: Sat, 03 May 2025 12:14:17 +0200 (CEST)
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Cancel-Lock: sha1:lzHWqvpEhiTJ4xPim5rW1OJipqg=
X-Newsreader: MesNews/1.08.06.00

Après mûre réflexion, Mr Henr a écrit :
> ven. 02 mai 2025,  P Cormoran <pc@ue.com> disait :
>
>> Lebref a utilisé son clavier pour écrire :
>>> P Cormoran : 
>>>> Lebref :
>>>>> P Cormoran :
>>>>>> Lebref :
>>>>>>> P Cormoran :
>>>>>>>> Lebref :
>>>>>>>>> P Cormoran : 
>>>>>>>>>> Vous confondez justification et explication. Comprendre que la
>>>>>>>>>> Russie se sentait menacée n’implique pas qu’elle avait le droit
>>>>>>>>>> d’envahir un pays voisin. Sinon, toute dictature paranoïaque pourra
>>>>>>>>>> bombarder qui elle veut, sous prétexte de "sentiment d’insécurité".
>>>>>>>>> Ce qui donnerait aux juifs israéliens qui se sentent menacés
>>>>>>>>> par les
>>>>>>>>> Arabes en Cisjordanie et à Gaza, comme au Liban et en Syrie, le
>>>>>>>>> droit de bombarder tout le monde et d'affamer les populations sans
>>>>>>>>> distinction de sexe, d'âge ou de religion. Ce serait un
>>>>>>>>> précédent risqué, mais dans le fond, une bonne
>>>>>>>>> invasion, une épuration ethnique en règle, ne seraient-elles pas
>>>>>>>>> préférables à un statu quo insatisfaisant ?
>>>>>>>> Merci, vous illustrez parfaitement le danger de votre logique :
>>>>>>>> justifier une agression au nom du "sentiment d’insécurité" revient à
>>>>>>>> offrir un permis de tuer à tous les États qui s’estiment menacés —
>>>>>>>> Israël, la Russie, la Chine, l’Inde, la Turquie, etc. Vous normalisez
>>>>>>>> l’agression préventive comme mode de gestion des conflits. C’est une
>>>>>>>> pente glissante vers un monde où le plus fort impose sa paranoïa à
>>>>>>>> coups de missiles, et où le droit n’a plus aucun poids. Quant à
>>>>>>>> l’invasion et à l’épuration ethnique "préférables à un statu
>>>>>>>> quo", j’espère sincèrement que c’est du cynisme provocateur, parce
>>>>>>>> que sinon vous venez de théoriser la barbarie comme solution
>>>>>>>> diplomatique.
>>>>>>> La question que je pose, c'est pourquoi refuser à la Russie ce
>>>>>>> que
>>>>>>> l'on autorise, voire encourage, chez les Israéliens ? Les
>>>>>>> érudits talmudiques enroberont de subtilités casuistiques leur
>>>>>>> tentation génocidaire, mais cela ne change rien au fond de
>>>>>>> l'affaire. J'ignore ce qui est le mieux, mais je constate que
>>>>>>> l'on glisse de plus
>>>>>>> en plus vite vers l'abandon du droit international et du droit
>>>>>>> humanitaire, pour un retour à une barbarie assumée.
>>>>>> Ce que vous pointez, c’est l’hypocrisie géopolitique — elle
>>>>>> existe,
>>>>>> oui, et elle mérite d’être critiquée. Mais l’hypocrisie d’un camp ne
>>>>>> donne pas un permis de massacre à l’autre. Refuser le deux poids deux
>>>>>> mesures ne signifie pas qu’on valide tous les crimes pourvu qu’ils
>>>>>> soient "équilibrés". Ça, c’est le nihilisme diplomatique : une logique
>>>>>> où tout se vaut, donc rien ne vaut plus rien.
>>>>> Il ne faut valider aucun crime, quel qu'en soit l'auteur. Les
>>>>> crimes ne
>>>>> se valent pas, mais sont néanmoins tous condamnables. On peut
>>>>> parfaitement comprendre intellectuellement que la Russie avait
>>>>> des raisons objectives de retrouver, pour sa sécurité, les marches
>>>>> perdues aux frontières de son empire ; de même que l'entité sioniste
>>>>> peut souhaiter éradiquer toute opposition à sa colonisation du Levant ;
>>>>> mais dans le même temps il est naturel de désapprouver à la fois la
>>>>> colonisation et l'emploi disproportionné de la force, et de s'insurger
>>>>> contre le risque génocidaire.
>>>> C’est justement là où votre raisonnement devient glissant : vous
>>>> "comprenez" à la fois la volonté d’annexion russe et le projet colonial
>>>> israélien, tout en les qualifiant vaguement de "condamnables". Or on ne
>>>> peut pas à la fois normaliser intellectuellement des logiques d’agression
>>>> et prétendre les désapprouver moralement. À force de dire que tout est
>>>> "compréhensible", on finit par rendre tout acceptable. Le droit
>>>> international n’est pas un outil de tri sélectif où l’on
>>>> s’indigne selon ses préférences géopolitiques. Si vous reconnaissez que
>>>> la Russie comme Israël franchissent les lignes rouges, alors dites-le
>>>> clairement, sans doubles standards, sans glissements sémantiques — et
>>>> surtout, sans prétendre que la compréhension atténue la gravité des
>>>> faits.
>>> 
>>> Je peux condamner les crimes des uns et des autres, mais cela restera du
>>> domaine de la posture, car je ne suis ni juge, ni moraliste ; j'essaie
>>> surtout de comprendre les raisonnements des uns et des autres dans une
>>> logique de rapports de force et de conflits ouverts. J'ai certes des
>>> préférences politiques que je ne dissimule pas, mais je ne
>>> me positionne pas par rapport à un droit international qui tend à n'être
>>> respecté par les puissants que tant qu'il les sert, de même que le droit
>>> interne vise à favoriser la domination de classe. En revanche, que
>>> ceux qui exigent le respect du droit international à tout
>>> propos, commencent par le respecter et s'ils sanctionnent et refusent de
>>> commercer avec certains qu'ils accusent de crimes de guerre et de crimes
>>> contre l'humanité, qu'ils le fassent également avec les autres accusés des
>>> mêmes crimes. On ne peut sanctionner et ostraciser Poutine tout en
>>> embrassant Netanyahou sur la bouche.
>> 
>> Vous confondez deux choses : constater que le droit international est
>> souvent bafoué par les puissants, et en conclure qu’il ne vaut
>> rien. C’est une erreur classique mais dangereuse. Le fait qu’il soit
>> imparfaitement appliqué ne le rend ni inutile, ni caduc — sinon,
>> autant jeter aussi la Déclaration des droits de l’homme sous prétexte
>> qu’elle n’empêche pas les injustices sociales.
>> 
>> Refuser le deux poids deux mesures, oui, tout à fait. Mais ce refus ne
>> doit pas servir d’excuse pour baisser les bras devant des violations
>> graves, ni pour tolérer celles qui nous arrangent idéologiquement. On
>> ne combat pas l’hypocrisie par l’indifférence, on la combat par la
>> cohérence. Or dire "je ne suis pas juge, je ne suis pas moraliste"
>> tout en distribuant des jugements politiques et des analyses biaisées,
>> c’est justement prendre une posture — mais sans l’assumer.
>> 
>> Enfin, on peut très bien condamner à la fois les crimes de la Russie
>> et ceux d’Israël. Ce n’est pas l’un ou l’autre. C’est ça, la
>> cohérence. C’est ça, aussi, la seule manière de rendre le droit plus
>> fort que le cynisme.
>
> Une condamnation sans sanction, c'est plutôt de la connivence.

C’est vrai que condamner sans sanction peut ressembler à de la 
connivence — tout comme refuser de condamner sous prétexte qu’on ne 
peut pas sanctionner, c’est de la lâcheté maquillée en lucidité.
La politique internationale n’est pas un tribunal parfait, mais elle 
n’est pas non plus un bar où l’on ferme les yeux parce que "tout le 
monde est corrompu". Le minimum, c’est de garder une boussole morale, 
même quand on sait qu’on n’a pas les leviers pour tout corriger.
Sinon, à ce jeu-là, plus personne ne dit rien, tout devient tolérable, 
et les pires violences deviennent des "faits de guerre" ou des 
"nécessités stratégiques". On a déjà vu ce que ça donne au XXe siècle.